Les crêpes et les ballons se transforment en médicament


Le 21 avril dernier paraissaient dans le Journal de l’Association Médicale Américaine (JAMA), une des plus grandes revues médicales, les premiers résultats d’un essai clinique de thérapie génique qui fera date. Non pas que le procédé utilisé est révolutionnaire, mais pour d’autres raisons tout aussi importantes.

La maladie visée est le Syndrome de Wiskott-Aldrich. C’est l’une des multiples formes de maladies génétiques du système immunitaire. Les enfants sont moins sévèrement touchés que les bébés-bulles, mais comme eux, leurs défenses immunitaires sont affaiblies. Ils sont sujets à des infections récurrentes, puisqu’ils ne peuvent lutter efficacement contre les microbes qui nous entourent et développent des complications telles que des infections mortelles, des affections autoimmunes, des hémorragies, des vascularites très handicapantes, ou des cancers. Leur espérance de vie dépasse rarement l’âge de 20 ans, et leur vie est ponctuée d’incessantes hospitalisations pour traiter les complications de leur maladie.

Comme pour les bébés-bulles, la greffe de moelle osseuse peut être proposée. C’est dans la moelle osseuse que se trouvent les cellules souches qui donnent naissance aux cellules du sang, les globules rouges (qui transportent l’oxygène), les globules blancs (les soldats de nos défenses immunitaires) et les indispensables plaquettes qui participent à la coagulation du sang et au colmatage des vaisseaux sanguins. Mais encore faut-il disposer des donneurs compatibles et que la greffe prenne (elle échoue dans au moins 20% des cas). Et dans tous ces cas, il faut adjoindre à la greffe un traitement anti-rejet à vie qui est contraignant, coûteux et fait peser un risque important de cancer à plus ou moins long terme.

La thérapie génique est donc une option. Elle consiste, comme pour les bébés-bulles à prélever chez le malade un peu de sa moelle osseuse et, en laboratoire, de corriger les cellules souches de ce prélèvement, grâce à un virus rendu inoffensif, capable de transporter le gène manquant au cœur des cellules souches et de l’incorporer à vie dans l’ADN de ces cellules. Puis le greffon ainsi corrigé est réadministré dans l’organisme des malades. Les cellules corrigées se redistribuent dans la moelle osseuse et peu à peu vont reconstituer un stock fonctionnel de cellules du sang. Aucun traitement anti-rejet n’est nécessaire puisque les cellules sont celles des malades eux-mêmes.

Les enfants ainsi traités ont récupéré des défenses immunitaires et des capacités de coagulation sanguine suffisantes pour leur éviter les signes de la maladie et toutes ces hospitalisations qui leur empoisonnaient la vie. L’un d’eux, confiné en fauteuil roulant, peut désormais s’en passer et est retourné à l’école.

Ce qui fait une particularité de cette magnifique nouvelle, c’est l’ampleur de l’essai clinique : certes il n’implique qu’une poignée de malades (une dizaine au total ; on connait les résultats des 7 premiers traités il y a 2 ans) mais c’est le premier essai international pour cette maladie (la France et l’Angleterre en fer de lance). Ce programme, soutenu depuis 12 ans par les manifestations de solidarité du Téléthon, est porté par Généthon et la ténacité d’Anne Galy. Les crêpes et les ballons qui se transforment en médicament.

C’est aussi la démonstration de la stratégie payante de l’AFM-Téléthon qui consiste à ouvrir des pistes, faire des preuves de concept et élargir l’éventail des applications pour un maximum de maladies (ici celles du sang). C’est la preuve qu’une fois de plus, la thérapie génique se révèle efficace, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure.

C’est paradoxalement aussi le fait que la thérapie génique se banalise. Une maladie de plus devient accessible à la thérapie génique. En cela, cette nouvelle est exaltante. Elle prépare le terrain à bien d’autres maladies, y-compris neuromusculaires. Les prochains mois nous donneront l’occasion d'en parler.

L’avenir appartient à ceux qui n’abandonnent jamais.

Serge Braun
22/04/15

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