Amyotrophie spinale : une génération pour passer de l’espoir à la concrétisation

1987 marquait un tournant décisif dans la vie de notre association : l’irruption du Téléthon dans le cœur des Français et la sortie des maladies rares de l’oubli. Cette fin des années 80 signifiait la naissance d’un espoir.

Souvenons-nous de cette époque si pauvre sur le plan des connaissances scientifiques et où les familles perdues dans ce désert médical et social n’entrevoyaient que la souffrance et la mort au bout de la route.

La découverte du gène

13 janvier 1995 : grâce à l’accélération permise par les cartes du génome de Généthon, la traque par l’équipe dirigée par Arnold Munnich à Necker (en particulier Suzie Lefebvre et Judith Melki) aboutissait à la publication de la découverte du gène responsable de l’amyotrophie spinale infantile.

Cette étape majeure inaugurait une ère nouvelle de frénésie scientifique : comprendre les mécanismes biologiques responsables de la maladie et les sièges de ces processus délétères.

Trouver des substances capables de protéger les neurones moteurs

L’association mettait tous les fers au feu, en soutenant des centaines d’équipes de recherche à travers le monde. En particulier celle de Gideon Dreyfuss qui travaillait depuis des années sur la protéine SMN avant de réaliser que le gène qui la codait était celui découvert par Suzie Lefebvre. Depuis, on connait de plus en plus précisément les mécanismes génétiques intimes qui président à la maladie.

En attendant que les thérapies ciblant ces mécanismes soient mises au point (on en reparlera dans un futur proche car elles arrivent !) il était important de trouver aussi des substances capables de protéger les neurones moteurs, cibles ultimes de la maladie.

Christopher Henderson, un chercheur Inserm de Montpellier, parti ensuite à Marseille, mit au point une technique de criblage de molécules pharmacologiques sur des motoneurones de poulet, avec le soutien de l’AFM. Ses travaux fondateurs ont été à l’origine d’une start-up marseillaise, Trophos, qui se chargea de développer industriellement le test pour finalement identifier une molécule qui prendra le nom d’OLESOXIME.

L'association s'engage comme fondateur

1999 est l’année de création de Trophos. C’était aussi la première fois que l’AFM s’engageait en tant que fondateur dans une société de biotechnologie. L’objectif étant d’aller jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au médicament, l’association prit en charge la quasi-totalité des coûts du programme de recherche et développement de l’Olesoxime.

Elle crée aussi l’éco-système nécessaire à la réussite du développement clinique, par exemple en promouvant l’échelle d’évaluation clinique MFM destinée à mesurer de manière fiable le bénéfice clinique des traitements de maladies neuromusculaires, la mise en place et le soutien aux centres cliniques pluridisciplinaires, les registres de malades, etc...

Au total, plus de 65 millions d’euros consacrés plus ou moins directement à l’amyotrophie spinale. Cet engagement infaillible, obstiné et avisé, aboutit en 2014 à la réussite des essais cliniques et notamment de l’essai multicentrique international qui démontre que l’Olesoxime ralentit l’évolution de la maladie dans les formes de type II et III.

Garantir prioritairement l’intérêt des malades

13 janvier 2015, le clin d’œil de l’histoire : 20 ans jour-pour-jour après la découverte du gène, le Conseil d’Administration de l’AFM se prononçait favorablement à la reprise de Trophos par le groupe pharmaceutique Roche. Conformément à notre cœur de mission, nous nous sommes attachés à garantir prioritairement l’intérêt des malades, notamment pour un accès le plus rapide possible au traitement aux malades (en particulier ceux qui ont participé à l’essai), avant même l’AMM, en fonction des réglementations en vigueur dans les différents pays.

L’engagement d’un géant de la pharmacie représente, en outre, une garantie solide pour la production et la commercialisation de l’Olesoxime à l’échelle mondiale.

Une génération pour passer de l’espoir à la concrétisation

Un autre enseignement de cette aventure dont l’ultime conclusion reste encore à écrire (l’AMM n’est pas encore obtenue et d’autres thérapeutiques ciblées sur les mécanismes génétiques doivent aussi aboutir) est le temps de cette recherche. 20 ans. Il faut 20 ans pour devenir adulte, pour un être humain comme pour un médicament. Une génération pour passer de l’espoir à la concrétisation. Sans la persévérance, la ténacité et l’énergie déployée par notre association et les familles qui la composent, sans l’obstination des chercheurs et des médecins, sans la bienveillance des donateurs et de nos partenaires, sans cette vision partagée, l’Olesoxime n’aurait pas franchi cet impitoyable parcours du combattant.

Serge Braun
22/01/2015

Posted in Citoyenneté, Economie, Monde associatif, Recherche | Permalink | Comments (3) |

Comments

J'ai donné naissance à une petite fille "Tiphaine"née le 15 avril 1995 l'année de la découverte du gène. Elle est malheureusement dcd 1996. C'est un grand bonheur d'apprendre pour la réussite 20 après pour ce médicament. Merci et félicitations aux chercheurs et médecin. Un espoir pour tous ces enfants.

Posted by: Fontaine | 01/23/2015

Quel parcours ! 20 ans, c'est l'âge de notre fille, atteinte d'ASI type 2. Nous avons suivi toutes ces étapes, en gardant toujours espoir. Une belle victoire pour nos familles et un immense espoir pour toutes les autres maladies !
l'AFM est notre allié le plus précieux pour surmonter tous les obstacles quels qu'ils soient. Nous ne remercierons jamais assez cette formidable association, et tous ceux qui contribuent à son fonctionnement : donateurs, membres, salariés, chercheurs... ainsi que tous les bénévoles qui par milliers se mobilisent chaque année lors du Téléthon, pour que l'aventure continue, et l'espoir devienne enfin réalité... UN IMMENSE MERCI A VOUS TOUS , qui faîtes vivre l'AFM.

Posted by: GOULET | 02/12/2015

Juste une anecdote personnelle pour souligner l’apport capital, même à l’état « d’espoir restant à concrétiser », concernant l‘amyotrophie spinale.

Un diagnostique de maladie de Werdnig-Hoffmann a été établi pour nos deux uniques enfants, respectivement en 1969 et 1971. Aucun n’a survécu au delà de 6 mois. Comme vous le savez, il y a près de 50 ans, c’était un désert médical et social pour ce type de maladie. Il fallait se débrouiller par ses propres moyens. Nous avons donc alimenté nos petites filles à l’aide d’une seringue et d’un petit tube en latex que j’introduisais dans leur œsophage puisqu’elles perdaient la déglutition. Ne voulant pas transmettre ce gène trop cruel, ma femme et moi avons décidé à 25 ans de ne plus avoir d’enfants biologiques pour ne pas risquer de voir resurgir la maladie dans notre descendance. Informés d’être « porteurs sains », notre culpabilité dans une telle transmission aurait en effet été insupportable. En évitant sa dissémination c’était, je l’avoue, une approche eugéniste par rapport à la maladie.
Nous avons suivi tout le cheminement et les combats de l’AFM depuis les premiers jours et je dois avouer mon scepticisme lors du premier Téléthon : j’avais conscience que l’on pouvait améliorer grandement le quotidien des malades et des parents (et c’était déjà énorme) mais, en tant que scientifique, je voyais mal à l’époque comment on pourrait intervenir dans l’intimité des chromosomes et des gènes. C’est un fabuleux pari qui est en passe d’être gagné et je suis sincèrement ravi que des parents n’aient plus à prendre les décisions qui se sont imposées à nous il y a près de 50 ans. Un profond merci aux scientifiques et aux personnes qui se sont investies pendant toutes ces années.
F. Paris

Posted by: Florentin PARIS | 02/14/2015

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