Polémique sur les cellules souches. Aussi immortelle que son objet.

Il fallait s’y attendre : comme chaque année, à l’approche du Téléthon certains n’hésitent pas à saisir l’opportunité de cette fenêtre médiatique populaire pour tenter de créer un effet de communication boule-de-neige au service d’intérêts partisans.

Des groupes de pressions se réactivent comme par enchantement (comme par « miracle » serais-je tenté d’écrire). C’est ainsi qu’un texte est réapparu le 23 octobre sur un site internet catholique, dénonçant « un problème grave posé par le Téléthon », et s’appuyant sur une déclaration d’un cadre de l’Eglise française, Mgr Marc Aillet.

On commence par louer le travail des bénévoles pour les épargner et peut-être monter les uns contre les autres. Les cellules souches embryonnaires représentent une voie de recherche qui mérite d’être poursuivie dès lors qu’elle est strictement encadrée par la loi, ce qui est précisément le cas. Les arguments avancés dans ce texte polémique sont fallacieux, pour ne pas dire hypocrites :

• On évoque une pratique abusive de destruction d’embryons. C’est oublier que, puisque les cellules souches embryonnaires sont multipliables à l’infini, il suffit de quelques lignées pour alimenter ad vitam aeternam les laboratoires du monde entier. Il est inutile de multiplier les destructions d’embryons. De plus, on ne détruit pas l’embryon, mais il est prélevé quelques cellules sur la centaine qu’il compte au stade très précoce de quelques jours de gestation, ce qui laisse en principe l’embryon viable. Celui-ci est destiné en effet à la destruction, non pas parce que des cellules sont prélevées mais parce qu’il ne fait plus l’objet de projet parental. Il est alors proposé aux parents d’autoriser l’utilisation de ces cellules préalablement à leur destruction. Ces embryons ne sont pas l’objet d’avortement puisqu’ils n’ont jamais été implantés dans l’utérus maternel.

• On affirme que l’efficacité thérapeutique des cellules souches embryonnaires n’a jamais été démontrée (sous-entendu, cette recherche est inutile). Or cette recherche n’en est qu’à ses balbutiements ; les premiers essais cliniques ne font que débuter. Or, il faut une génération pour qu’une nouvelle médecine fasse ses preuves. On avait dénié prématurément à tort leur intérêt à toutes les autres pistes innovantes (greffe d’organes, transfusions sanguines, anticorps monoclonaux, et plus proche de nous thérapie génique). Doit-on arrêter le train en plein trajet entre deux gares sans lui laisser le temps d’arriver à destination ?

• Le texte affirme en revanche que les autres cellules (sang de cordon et cellules induites à la pluripotence (dites cellules iPS) sont porteuses d’espoir. Pourtant le même argument aurait pu leur être opposé. Aucune n’a démontré son efficacité. Le Vatican s’était même empressé d’affirmer que les iPS étaient la réponse scientifique à la question morale soulevée par les cellules embryonnaires. La même prudence opposée aux cellules souches n’est curieusement pas de mise dans cette précipitation d’adouber les iPS. Il s’avère que les cellules adultes reprogrammées ne peuvent en l’état être utilisées en thérapeutiques car leur mode d’obtention n’offre pas les garanties de sécurité suffisantes. Leur programme génétique est perturbé de telle sorte qu’il est susceptible de conduire à des tumeurs plus ou moins malignes. Or, pour bien maîtriser ces cellules et les comparer au potentiel des cellules embryonnaires, il faut connaître avec précision la biologie de ces deux types cellulaires. Ceci suppose donc de poursuivre les recherches sur les cellules souches embryonnaires. Bien entendu notre soutien aux cellules souches adultes et aux iPS et majeur. Quant aux cellules de sang de cordon, on ne sait pas efficacement les différencier en autre chose que des cellules du sang.

• Le Téléthon est une nouvelle fois taxé d’eugénisme. On lit : « Le diagnostic prénatal est utilisé pour repérer les fœtus atteints de myopathie qu’une interruption médicale de grossesse permet ensuite d’éliminer. Dans le même esprit, la technique du « diagnostic pré-implantatoire consiste à sélectionner puis à supprimer tous les embryons conçus in vitro porteurs de la myopathie ». Les interruptions médicales de grossesses concernent une liste précise et restrictive de maladies mortelles et très invalidantes. Une vérité est que grâce à cette option qui est légale et réglementée, des familles qui n’osaient se lancer dans un projet parental du fait des antécédents de maladie génétique ont pu le faire. En ce sens, c’est bien la vie qui a gagné. Nulle question d’eugénisme. L’eugénisme (on pense immédiatement à l’horreur de l’eugénisme nazi, le seul que l’histoire nous a appris) serait dangereusement banalisé en plaçant en parallèle l’avortement médical. Les mots ne sont pas neutres, surtout dans la bouche de personnes intellectuellement armées.

• Dernière critique, l’absence de fléchage des dons…et la transparence financière qui en découlerait. Le raccourci n’est pas anodin : il s’apparente à un chantage qui consiste à affirmer « si vous ne fléchez pas les dons, nous vous accusons de ne pas être transparents ». La transparence est inscrite dans les gènes de notre association. Elle est reconnue par nos scrutateurs et les détracteurs qui l’ont remise en question ont été condamnés. Diffamer ainsi l’association à l’approche du Téléthon revient à tenter de nuire à sa collecte, donc à son objet qui est de favoriser la découverte de traitements pour des maladies négligées. Quant au fléchage, si on le généralisait au gré des convictions de chacun, nous serions dans l’incapacité d’assurer notre mission en toute sérénité et toute indépendance.


Personne évidemment ne s’y trompe, c’est la question de l’avortement qui est posée. Or celle-ci ne concerne pas notre association qui en toute humanité accompagnera toujours les familles dans leur douleur, qu’elles décident ou pas d’y recourir. Le débat sur l’avortement est une question de société et de conscience individuelle, dans laquelle évidemment les églises ont toute leur place. Cela autorise-t-il de prendre ainsi en otage une association laïque et apolitique ? On pourrait s’interroger sur l’amoralité d’une telle stratégie mais je ne me permettrai pas de donner des leçons d’humanité à une si grande institution religieuse…

Serge Braun
25/10/13

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