… à la découverte d’applications cliniques qui nous concernent tous - Part II

Neuf ans après l’identification du gène de la Progeria, l’histoire se poursuit. L’équipe marseillaise prépare une attaque encore plus ciblée contre la progérine. Ils viennent d’en dévoiler une stratégie dans la revue scientifique prestigieuse Cell Report le 21 juin dernier.
Dans la Progeria toutes les cellules sont malades. Il y a cependant un type cellulaire qui ne semble pas touché par ce vieillissement accéléré : les neurones. Les enfants Progeria conservent toutes leurs capacités intellectuelles, ce qui a amené les chercheurs à s’interroger sur les raisons de cette protection apparente du cerveau. En collaboration avec I-Stem le laboratoire bras armé dirigé par Marc Peschanski, spécialiste des maladies neurologiques et pionnier de la recherche sur les cellules souches, Nicolas Lévy a entrepris de comprendre ce phénomène de protection des neurones face à la Progeria.

Il est impossible d’analyser biologiquement les neurones sans les prélever chez les malades, ce qui est évidemment inacceptable et techniquement quasi-infaisable. Les chercheurs se sont donc tournés vers les cellules souches induites à la pluripotence (ou iPS). Ces cellules sont des cellules adultes (en l’occurrence des cellules issues de la peau de malades) revenues artificiellement à l’état de cellules souches  par quelque recette de cuisine génétique concoctées par les scientifiques. Ces cellules iPS sont accessibles à la culture cellulaire et peuvent être ensuite dérivées en toutes sortes de types cellulaires y-compris les neurones. Il est ainsi possible de modéliser la Progeria in vitro et comparer le comportement des divers types cellulaires. C’est ainsi que l’on a vérifié qu’effectivement les neurones //Progeria n’accumulent pas la Progérine  contrairement aux autres cellules. Cette propriété leur est conférée par un mécanisme très particulier. Les neurones produisent un petit ARN inhibiteur (un micro-ARN) capable de se lier à l’ARN de la lamine et empêcher sa traduction. La lamine n’est ainsi pas produite et donc la progérine ne peut être générée au sein des neurones. L’élucidation de ce mécanisme ouvre une nouvelle piste thérapeutique car on sait produire ou faire produire par la cellule des micro-ARN à façon ou utiliser des substances qui miment ce micro-ARN. Peut-être sera-t-il possible de mettre au point ce nouveau principe d’intervention hyper-ciblée dans un futur proche pour protéger les organismes malades non seulement touchés par la Progeria mais aussi consécutivement aux effets secondaires des chimiothérapies anti-cancéreuses et anti-SIDA qui provoquent également une accumulation anormale de progérine.

Cette histoire est si riche qu’elle mériterait qu’on lui consacre un ouvrage entier. Elle illustre l’urgence de la maladie, cette mort-aux-trousses qui anime une association comme l’AFM, les chercheurs qui s’activent pour comprendre et soigner et surtout les malades qui sont eux, en première ligne. Elle permet aussi de décortiquer le processus de recherche et d’innovation sous différents angles. L’importance de comprendre les mécanismes intimes de la cellule et comment la maladie les impacte, pour ensuite imaginer des interventions thérapeutiques. Elle montre aussi avec éclat que des recherches qui a priori ne concerne qu’une poignée de malades peuvent déboucher sur des avancées majeures dans la compréhension des mécanismes biologiques fondamentaux et sur des applications cliniques insoupçonnées qui nous concernent tous (vieillissement, effets secondaires des chimiothérapies et des trithérapies,…).


Serge Braun 09/07/12

Posted in Recherche | Permalink | Comments (0) |

The comments are closed.