Politique et handicap ne font pas bon ménage

Dans le cadre de la loi du 11 février 2005, les personnes en situation de dépendance peuvent bénéficier d’une prestation de compensation du handicap (PCH) destinée à financer les surcouts liés au handicap dans presque tous les domaines de la vie quotidienne. Elle couvre presque tous les besoins, sauf l’un des plus basiques : les tâches ménagères. Imaginez plutôt. Vous êtes lourdement handicapé et ne pouvez bouger ni les bras ni les jambes. Vous embauchez quelqu’un pour vous aider à vous nourrir. Grâce à la PCH cette personne est financée pour tenir votre fourchette et vous permettre de manger, mais ni pour faire cuire votre repas, ni pour laver la casserole et les couverts ! Voilà la situation absurde à laquelle nous sommes confrontés...

Nous nous battons depuis des années, avec de nombreuses associations, contre l'exclusion absurde des tâches ménagères du champ de la PCH. Sans succès. Il y a quelques jours, nous étions pourtant à deux doigts d’obtenir enfin gain de cause. Dans un projet de loi présenté au Sénat par le sénateur Blanc, et relatif aux Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH), un dispositif permettant, en partie, de rectifier le tir avait été intégré. Mais au moment du vote en plénière, le gouvernement a fait pression pour que cette mesure soit supprimée, ou plus exactement renvoyée aux calendes grecques. Raisons invoquées ? La première est qu'il y a aussi d'autres points sur lesquels il serait souhaitable d'améliorer la PCH et que, du coup, mieux vaut repousser pour tout examiner ! C'était déjà la même pirouette qui, il y a deux ans et demi, avait conclu la conférence nationale du handicap et rien n'a avancé. La seconde raison avancée, c'est que cette disposition reviendrait trop cher pour les départements, mais sans que le chiffre avancé ne soit convaincant.

Résultat, les familles doivent continuer à se débrouiller comme elles le peuvent, car les autres modes de financement sont quasiment inexistants. Les associations n’ont plus qu’à reprendre leur bâton de pèlerin pour démontrer l’ineptie de cette décision. Notre travail de pédagogie risque d’être difficile : aujourd'hui, passer l'aspirateur et débarrasser la table après le déjeuner pour quelques dizaines de milliers de personnes lourdement handicapées sont considérés comme un luxe risquant de mettre en péril les finances publiques ! Décidément, la politique et le handicap ne font pas bon ménage ! Et en attendant, grâce au gouvernement, les personnes lourdement handicapées les plus isolées pourront manger froid, des aliments crus avec des couverts sales. Le législateur avait écrit « égalité des droits et des chances, participation et citoyenneté... »

Christian Cottet

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