Cellules souches embryonnaires : les enjeux de la première fois…

Les « premières fois » sont toujours marquantes. Elles restent durablement gravées dans les mémoires et déchaînent souvent bien des passions.  Le monde de la recherche n’échappe à cette règle. D’où l’importance ce qui se passe actuellement aux Etats Unis. Pour la première fois au monde, un essai clinique destiné à traiter des malades avec des cellules souches embryonnaires humaines a débuté. Lancé par la société Geron, il consiste à injecter chez des personnes paralysées à la suite d’une lésion de la moelle épinière, des cellules souches embryonnaires capables de se transformer en cellules matures jouant un rôle dans la régénération des connexions nerveuses. L’enjeu est fort. Au-delà de son impact scientifique, l’essai s’inscrit dans un contexte polémique marqué par des débats éthiques passionnés sur la provenance de ces cellules, issues d’ embryons congelés au premier stade de leur développement dans le cadre d’une fécondation in vitro et ne faisant plus l’objet d’un projet parental.

Les résultats sont donc attendus au tournant. Ils cristallisent les attentes de ceux qui militent depuis des années pour l’utilisation des cellules souches embryonnaires. De ceux qui s’y opposent également. Mais ne nous y  trompons pas. Cet essai vise uniquement à recueillir des informations sur la tolérance et la sécurité de ce type de traitement. Aucun bénéfice thérapeutique n’est attendu.  S’enflammer pour les résultats de cet essai serait donc dangereux. Plusieurs facteurs nous invitent d’ailleurs à une extrême prudence. Tout d’abord, l’hypothèse thérapeutique elle-même. Elle soulève des questions quant à la faisabilité réelle de la régénération des connexions musculaires, telle qu’elle a été imaginée dans le cadre de l’essai. Ensuite, la rapidité du passage à l’homme. En effet, si l’approche thérapeutique a été validée chez le rat, elle ne l’a pas été chez le gros animal. Or la faisabilité chez l’homme est plus problématique au vu de la surface à traiter et de la longueur des trajets nerveux sans commune mesure avec les rongeurs. En outre, les lésions de la moelle épinière dont souffrent les malades choisis pour l’essai, sont complexes et probablement bien moins propices à une amélioration par thérapie cellulaire.

Alors oui, cet essai est un symbole. Il est le premier à avoir franchi tous les obstacles règlementaires et ouvre la voie à d’autres projets thérapeutiques impliquant les cellules souches embryonnaires. Il est aussi important pour le développement tant attendu des cellules IPS, puisqu’il donnera des éléments de comparaison très précieux avec ces cellules adultes prometteuses et moins controversées. Mais cet essai ne doit pas déterminer à lui tout seul l’avenir d'un type cellulaire. Il  serait stupide de s’appuyer sur ses résultats pour  crier au miracle, ou à l'inverse, affirmer que les cellules souches embryonnaires ne marchent pas.

Rappelons-nous de la conquête de l’espace. Avant d’aller sur la lune on commença par envoyer Spoutnik, un petit satellite de quelques kilos qui n’avait pourtant pas d’utilité en soi. Il en est de même pour les cellules souches embryonnaires. Les travaux de Geron ne sont qu’un petit pas, bien qu’important, sur le long chemin du médicament. Ils doivent susciter l’intérêt collectif, pas une sentence à l’emporte pièces. Ayons une pensée aussi pour ce patient qui sera le premier à accepter de recevoir des cellules souches embryonnaires, en véritable pionnier, à l’image de Youri Gagarine, le premier homme dans l’espace il y a 50 ans.

Serge Braun

 

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