Journée nationale des aidants : pour aider qui, au juste ?

Pour arriver à ses fins, il faut savoir placer ses pions. En annonçant, en avril dernier, l’instauration de la 1ère journée nationale sur les aidants familiaux (le 6 octobre dernier), le gouvernement l’a bien compris. Objectif annoncé : mettre en lumière, valoriser et remercier 3,5 millions de personnes qui s’occupent d’une personne dépendante au sein de leur famille. Le rôle des aidants allait être véritablement connu et reconnu. Une première ! Pourtant, au lendemain de cette journée nationale, l’amertume domine. Le gouvernement a sorti l’artillerie lourde, mobilisant jusqu’à deux ministres et trois secrétaires d’Etat à la tribune. Mais pour quels résultats ? Et au profit de qui ?


Une ignorance absolue de la réalité

Si cette journée a favorisé la médiatisation des aidants, elle a aussi véhiculé une vision pour le moins tronquée de leur réalité et de leurs difficultés. Comment ? En s’appuyant sur une enquête – réalisée par la Fondation Novartis- ignorant tous les aidants qui s’occupent d’une personne accidentée ou présentant un handicap de naissance. Comme si tous ceux qui s'occupent de personnes âgées dépendantes étaient les seuls à « mériter » d'être entendus. Or ceci est d’autant plus regrettable que des résultats de la même étude, notamment sur la question professionnelle, a précisément servi de socle à la communication gouvernementale sur le thème "90 % des aidants disent réussir à concilier vie familiale et activité professionnelle". La charge d'une personne dépendante, comme les personnes souffrant de myopathies, aurait même des impacts positifs sur leur vie !

 

Les parents qui se lèvent 10 fois par nuit (notamment pour éviter des escarres à des enfants incapables du moindre mouvement) ; tous ceux qui se mettent à temps partiel où cessent toute activité professionnelle pour s’occuper d’un proche malade ou handicapé ; ou encore ceux qui cumulent activité professionnelle, tâches quotidiennes et soins incessants à apporter, apprécieront de telles affirmations…Il y à fort à parier qu’ils n’y voient pas exactement un atout pour réussir leur vie professionnelle. Sans parler de l’épuisement physique et moral. De telles déclarations, relèvent donc, à minima, d’une ignorance absolue de la réalité, pourtant largement décrite dans de nombreuses autres études, ou encore dans les récents témoignages des aidants sur le site « Paroles d’Aidants » ainsi que dans les nombreuses questions posées en direct lors de la conférence.

 

Beaucoup de discours, mais aucune mesure concrète !

Finalement, comment ne pas s'interroger sur la finalité réelle de cette journée nationale ? En cette période de réforme des retraites et de préparation à la réforme de la dépendance pour les personnes âgées, ces chiffres sont pain béni. En glorifiant l’investissement « gratuit » des aidants familiaux, ils préparent habilement l'opinion à une baisse des moyens. Ne nous voilons pas la face. La journée des aidants est d’abord une opération de communication gouvernementale ; un moyen de placer ses pions sur l’échiquier médiatique, tout en orientant la  réflexion du grand public.

 

Ne soyons pas dupes. Aucune mesure concrète pour soulager la charge des aidants familiaux n’a émergé de cette journée : le financement des solutions de répit reste insuffisant et les promesses sur la PCH enfants, pourtant inscrites dans la loi, ne sont toujours pas tenues. La journée du 6 octobre est donc, pour l’heure, une partie de plus perdue par ceux qui travaillent dans l'ombre, souvent sans aucune reconnaissance, pour aider leurs proches au quotidien. Assez de discours, passons aux actes !

Christian Cottet

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Comments

25 ans de prise en charge , déménagement,perte de l' avancement pour le père,perturbation dans l' éducation de la fratrie ,dépenses +++vente à perte de maison ,maison plus grande Instruction à réaliser(refus de scolariser un myopathe) véhicule adaptable.
Présence 18 à 21h de présence journalière .
Inquiétude permanente , se tenir au courant pour défendre le malade.
Renoncer à travailler ,aux sorties, grasses matinées ,sorties,vacances ,loisirs.

Se battre ,se battre, se battre
Une vie exceptionnelle !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Posted by: PICARD | 10/18/2010

22ans que le petit oiseau est enfermé dans mon esprit, prisonnier dans sa cage dorée, il voudrait bien sortir et s'envoler haut libérant ainsi l'esprit qui s'embrouille de plus en plus sur ce lointain qui ne fait que s'obscurcir, je comprend la peine de parents, se battre épuise souvent...

Posted by: schweitzer | 10/26/2010

L'amour n'a pas de valeur, le bénévolat n'a pas de valeur, le temps n'a pas de valeur...

Au lieu d'"aider les aidants" on préfère tout faire disparaître, la solidarité nationale, les cotisations et impôts dont le montant est destiné à redistribuer un peu d'argent depuis ceux qui ont de la chance vers ceux qui en ont moins. Car c'est cela, la "baisse des prélèvements obligatoires" si chère aux marchés ! La variable d'ajustement du système, c'est le vieux, le malade et le chômeur...

Abandonnez plutôt vos êtres chers en clinique et en maison de retraite, ça fera tourner le commerce, et nous serons plus heureux puisque la croissance sera là... Et si vous avez besoin de quelque chose - payez-le !

Tous ces points de PIB perdus, vous rendez-vous compte ?

Posted by: JPS | 11/10/2010

cette journée n'a pas eu assez d'écho pour impacter sur la vie des aidants au quotidien!

Posted by: parions sport | 12/22/2010

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